L’homme de la situation

jeudi 9 juin 2016
par  Froissart
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J’avais vu Robin des Bois, Ivanhoé, au cinéma dans les années 50 mais pas sous leur forme télévisée. Je n’ai pas du tout eu ces séries comme référence, c’est pourquoi je suis arrivé candide, fougueux, enthousiaste, sans prévention et sans prudence. Je n’y ai pas pensé pour jouer Thierry, c’est beaucoup plus simple que ça. J’aimais ça naturellement, je ne jouais pas à être Errol Flynn. Ce personnage de Thierry la Fronde, n’est pas dans la séduction mais dans la sincérité car pour faire croire à l’histoire, il faut commencer par y croire soi-même. J’avais femme et enfants à l’époque mais se dégageait sans doute du jeune homme que j’étais une fraîcheur, une franchise, un charme qui ne jouait pas sur la virilité.

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Roger Moore, du haut de ses 1,88 m, incarne le rôle d’Ivanhoé dans la série produite pour la télévision britannique en 1958.Trente-neuf épisodes qui le font connaître du grand public.
DR

En voyant « Ivanhoé », je constate que Roger Moore joue la séduction, je ne joue pas la séduction. Il joue l’acteur, le bel homme séduisant, moi, je n’envoie jamais ça. Je sais que l’affection pour le personnage de Thierry la Fronde est protégée par ça.
Jean-Claude Drouot, acteur, interprète du personnage principal

Jean-Claude Drouot est une personnalité entière que la recherche d’une vérité artistique et humaine tient vigoureusement éveillée, pétri de sincérité et d’exigence. Il place très haut dans son estime le respect du public. Le jeune premier qu’il fut a assumé contre vents et marée le choix de l’audace et de l’indépendance pour ne pas renoncer à son idéal théâtral. Il a fait en sorte que le parcours du héros n’entre pas en collision avec son éthique personnelle. Après cinquante ans d’une vie professionnelle enviable et toujours foisonnante, il a su conserver intacts les traits de son caractère qui le faisaient déjà s’interroger sur le sens de sa fulgurante popularité.

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Jean-Claude Drouot dans une scène familiale photographiée dans sa maison d’Evry-Petit-Bourg.
DR

Je dis sans forfanterie que ce personnage n’aurait pas été ce qu’il est si je n’y avais pas mis tout ce qui m’appartient, qui m’est en propre. Ce n’est pas une composition de personnage. Je sais et je sens à revoir les épisodes que cet esprit n’est pas abimé. J’en suis très heureux, c’est une chose qui me caractérise dans la pratique de mon métier : je vais à la rencontre des personnages, j’évite de me servir d’eux.
Peut-être que depuis, je n’ai rien fait de mieux… Ce dont je suis sûr et ce qui me contente, c’est d’avoir été sincère. Je crois que ça ne s’est pas égaré chez moi. Je sais que je protégeais aussi ça dans les décisions que j’ai prises.
Jean-Claude Drouot, acteur, interprète du personnage principal

Incontestablement, la réjouissante et fusionnelle affinité entre notre héros et son interprète reste déterminante dans le succès qu’a rencontré la série. Le public continuera d’y trouver son compte et la production lui reconnait bien volontiers les mérites et les qualités sur lesquelles elle a misé :

Jean-Claude Drouot a apporté sa présence. Il était très sérieux. Dès le début, nous avons cru en lui, même s’il ne savait pas grand-chose. On est allé le chercher sur une scène de théâtre où personne ne le connaissait. Sur les écrans, on n’était pas habitué à voir un type sauter, manier l’épée, monter à cheval, plonger dans l’eau. La référence, c’était les Américains avec leur western. C’était, en quelque sorte, notre premier western. En plus, il était intelligent, aimable, beau gosse. Il y avait aussi sa voix, son ton impérieux par moments. Il a tout de suite plu. Lors des tournages où il y avait un peu de public, il avait du succès.
Claude Matalou, producteur délégué

Jean-Claude Drouot a fait sensation et enthousiasmé ceux qui lui ont accordé leur confiance, ses collaborateurs comme le public. Philippe Sanson a suivi ses aventures à la télévision et accompli un rêve en entrant à Telfrance et en travaillant, du coup, avec une bonne partie de l’équipe qui avait réalisé la série. Jean-Claude Drouot et lui ont au moins un point commun, celui d’avoir profité des talents de Mimile, chef-électro, un personnage. Le mentor de Philippe Sanson.

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Entre autres talents, Jean-Claude Drouot est très à l’aise et convaincant dans les scènes de combat.
INA

Je trouve brillante la performance de Jean-Claude Drouot, il est même, selon moi, à l’étroit dans l’envergure générale du feuilleton. Les autres personnages sont bien ordonnancés dans des plans relativement fixes, on sent que ça lui coince aux épaules par rapport à ce qu’il pourrait dégager. Ce n’est pas le cas dans les combats. Ils sont bien menés, cela donne du souffle au film. C’est dommage parce que ce n’est pas seulement par l’escrime qu’il aurait souhaité être mis en valeur. Ceci dit, il y est très à l’aise, il est très physique. Les facéties, les petites grimaces, les pointes d’humour des compagnons donnent du relief à la gravité qui peut parfois se dégager de son personnage. Je trouve que le choix de l’acteur est très réussi car il densifie ce feuilleton qui n’est tout de même pas très épais, dans le sens où il est fait pour distraire.
Philippe Sanson, chef électricien, retraité de Telfrance