Droits et devoirs

mercredi 10 janvier 2018
par  Froissart
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On pourrait penser que le scénario cède tout à son héros, que Thierry la Fronde peut tout se permettre, qu’il a toute latitude pour exploser et crever l’écran d’épisode en épisode. Que nenni ! Un personnage principal a bien quelques menus privilèges mais il a plus de devoirs que de droits !

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Le personnage principal d’un feuilleton à succès a-t-il le loisir de se reposer sur ses lauriers ?

Thierry est présent à tous les épisodes, c’est exact. Il est le seul dans ce cas. Il intervient de façon décisive, il donne son point de vue, on parle de lui lorsqu’il n’est pas à l’image. Il a également droit à une définition de sa personnalité plus complexe, plus fine que celle qui est concédée aux autres personnages importants. Ainsi, on peut dire des compagnons que leur profil est plus typé, plus resserré, untel est plutôt hâbleur, l’autre est le petit filou de la bande, celui-ci a tendance à se montrer pleurnichard. Vous avez reconnu de qui il s’agit, n’est-ce pas ?

D’abord, le héros se doit d’être au top dans l’écriture de son rôle et dans son interprétation. Evidemment puisqu’il est plus exposé que n’importe quel autre personnage, ayant un rôle de premier plan au moment de la résolution de l’épisode. Le spectateur attend de lui qu’il reste stable et même prévisible, n’ayons pas peur de ce mot. Tout le talent consistant à ce qu’il le soit dans l’excellence, dans l’exploitation de ses qualités et non dans le radotage stérile. Il peut se permettre une rupture exceptionnelle, il peut briser son profil habituel dans le cours d’un épisode et jouer sur l’effet de surprise. En voulez-vous un saisissant exemple ? Reportez-vous à La trahison de Judas (1.07), un épisode que Jean-Claude Drouot, de son propre aveu, a pris beaucoup de plaisir à jouer.

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Deux Thierry dans la même séquence… et sans effets spéciaux…

J’ai adoré faire le vrai et le faux Thierry, son sosie, cruel et méchant. Pour le duel, Yannick combat contre moi. Il me double puisque je jouais les deux adversaires simultanément. Il y a une scène avec Fernand Bellan. Nous sommes attablés, il est face à moi je suis dans la peau du mauvais. C’est lui qui reconnaît l’imposture.

(Jean-Claude Drouot, interprète du rôle de Thierry la Fronde)

Le personnage héroïque peut évoluer mais lentement car les ruptures entraînent dans l’appréciation des spectateurs des comparaisons continuelles avec ce qui avait été apprécié précédemment. C’est-à-dire qu’il peut survenir des changements mais ils doivent se cumuler avec les éléments structurants qui nourrissaient la situation antérieure. Nous touchons là un point qui concerne très directement le tournant qui s’est joué entre les deux premières saisons et les deux suivantes. Nous verrons comment de sensibles modifications ont eu des conséquences sur la physionomie et les équilibres de la série.

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Sur le plateau comme à la ville, il faut jouer son rôle, ne pas décevoir.

On comprend également le poids de la responsabilité qui pèse sur les épaules du héros et de l’acteur qui l’incarne. Il se trouve dans la nécessité de mobiliser durablement ses talents professionnels et relationnels. D’assumer son statut sur et en dehors du plateau. A lui de trouver la bonne distance vis à vis des obligations (qui peuvent être des contraintes) comme des avantages (qui peuvent passer pour des privilèges…). Nous parlons, par exemple, d’une vague de succès, d’une indéniable pression qui provient du fait que l’anticipation sur les attentes supposées du public interfère à un moment dans la fabrication des épisodes. Sciemment et inconsciemment. On sait que ces considérations ont pesé très lourd sur la décision de Jean-Claude Drouot de ne pas s’engager sur une cinquième saison.