Un caractère bien trempé

mardi 15 mars 2016
par  Froissart
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Thierry de Janville avec son grand château, on aurait pu dire : « C’est un de ces jeunes petits cons imbus de leurs qualités d’aristocrates. » (Jean-Claude Drouot, interprète du rôle de Thierry la Fronde)

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Janville n’est pas situé en Sologne, cela pose-t-il un problème à Thierry la Fronde ?
Photogramme issu de l’émission de télévision Au-delà de l’écran diffusée en février 1964 - INA

Bien vu, monsieur Drouot. Manifestement insoumis, Thierry la Fronde aurait-il un penchant pour la transgression ? La portée de l’épisode fondateur est fondamentale (1.01 Hors-la-loi). Thierry de Janville a renoncé aux certitudes et aux prérogatives de sa situation de noble pour une cause nationale, voudrait-on dire. Pour rétablir Jean II sur son trône de roi de France. C’est le petit pas de côté qui fait de Thierry le hors la loi une belle âme en marge de tous les notables et autres opportunistes qui ne luttent et n’intriguent que pour préserver leurs intérêts propres. Plus humble que les plus démunis des villageois dans sa vie quotidienne, il est le vivant exemple d’un partisan qu’il est difficile de juger avec les codes en vigueur car il s’est placé en dehors de la tradition.

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L’appartenance de Thierry à la noblesse est reconnue par ses pairs… du moins ceux qui n’ont pas trahi le roi Jean le Bon, prisonnier des Anglais. Cet épisode consacre les liens amicaux établis avec le jeune Philippe de Navarre.
Photogramme issu de l’épisode 2.06 Thierry contre les compagnons - INA

A l’écart, oui mais pas en rupture pour autant. D’abord, Thierry agit et réagit de façon logique, il reste dans les codes de compréhension des téléspectateurs. Ensuite, il n’a pas rompu les ponts avec les gens de sa caste, du moins ceux qui n’ont pas trahi ou qui ne tournent pas le dos au roi légitime. Toutes les occasions qui se présentent sont bonnes pour approcher les grands du royaume qui sont de potentiels alliés du roi. Dans ces circonstances, Thierry redevient un membre de la noblesse pour traiter d’égal à égal. On peut en donner comme exemple les liens de sympathie qu’il noue avec Philippe de Navarre au cours de l’épisode 2.06 intitulé Thierry contre les compagnons.

Thierry n’est pas un aventurier de circonstance qui fait contre mauvaise fortune bon coeur dans une cabane forestière entouré de quelques amis. Il est vrai que sa condition ne le met jamais en colère, qu’il ne peste jamais contre l’incompétence de ce roi qui s’est mis en si mauvaise posture. Par contre, l’a-t-on jamais vu se soumettre au dictat de l’occupant ? Se taire lorsqu’il est manifeste qu’il doit donner son avis ? Se laisser dicter ses choix par un homme en colère ou dans l’erreur, fût-il un compagnon ?

Thierry la Fronde a une activité cérébrale respectable et soutenue ! Il fait front avec réalisme et courage devant les cas de conscience qui se présentent à lui. Il ne produit pas à tous les coups ce qu’on pensait qu’il allait faire. Il n’agit pas systématiquement en fonction d’une logique que le bon sens aurait tendance à présupposer.
En fait, il semble que Jean-Claude Deret, anticonformiste endurci et assumé, ait mis au point une habile combinaison : assez souvent, lorsque la situation présuppose une ligne de conduite évidente, Thierry agit de façon imprévisible. De la même manière, lorsque Thierry se décide pour un choix plutôt attendu, un décalage se crée qui fait que Thierry intervient dans une situation qui prend une tournure imprévue... Ainsi Thierry échappe à la monotonie, au déterminisme, à l’académisme et trace son chemin de héros peu convenu.

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Jean-Claude Deret s’est plu à imaginer, à écrire quelle enfance aurait pu être celle de Thierry de Janville…
Les premières armes de Thierry la Fronde – Jean-Claude Deret, Hachette, 1967

S’il n’est pas conformiste, quelles règles de conduite s’est-il fixées ? Pour répondre correctement, il ne faut pas perdre de vue ce qui fait courir Thierry et d’où il vient ! Comme jeune noble, il a reçu une éducation, des valeurs, des qualités à cultiver et les défauts qui vont avec. Mais demandons-le à Jean-Claude Deret puisqu’il est le premier à s’être posé ces questions et le seul, à ce jour, à avoir rédigé, en fin lettré, des « enfances de Thierry ». Des « enfances de Thierry » ? qu’est-ce donc que ceci ?