Chef ou conseiller ?

mercredi 4 mai 2016
par  Froissart
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Un portrait en pied de Thierry la Fronde. Il pose avec l’équipement « de base » : l’épée, la dague et, bien entendu, la fronde à la ceinture. Sans oublier le médaillon !
Mensuel « Journal de Nounours », n°1

Dans les années de diffusion de la série à l’antenne, Thierry est omniprésent en couverture des magazines. Il est vrai qu’il n’est pas un épisode où Thierry soit absent et qu’on le trouve toujours à l’œuvre au moment du dénouement final. Pour autant, il est parfois en retrait par rapport à l’intrigue principale de l’épisode. Prenons l’exemple du Fléau de Dieu (1.04). Le village se démène confronté à une tragique épreuve, Thierry comme les Anglais sont à la merci des débordements de Girart le rebouteux et n’ont d’autre choix que de s’en remettre à la science de deux médecins. Thierry entre en jeu à la fin de l’épisode.

Jean-Claude Deret n’a pas fait de son personnage principal un héros omnipotent, infaillible ou inaccessible ni un messie idolâtré ou intouchable. Les compagnons ne vivent pas dans l’ombre de Thierry, ils jouissent d’une certaine indépendance dans l’action. Par contre, on peut constater que Thierry se réalise dans son sens de l’organisation. Maintes fois, il est montré traçant des plans à même la poussière. Il sait solliciter et tenir compte des avis de ses proches. Autre qualité de « leader » : il connaît bien la psychologie de chacun de ses compagnons et il s’en sert. Ainsi, bien que privé de la vue puisqu’il doit se faire passer pour aveugle dans l’épisode 1.06, il empêche Jehan de commettre une imprudence car il a deviné que l’incorrigible pickpocket s’apprête à exercer ses talents sur une sentinelle anglaise.

Les compagnons l’entourent, requièrent son avis mais Thierry n’a pas le monopole des initiatives. On peut citer une tirade de l’épisode 2.04 Pierre précieuse et perle fine où Martin affirme à Thierry qu’il est bien leur chef. Celui-ci répond qu’il est plutôt leur conseiller. Martin conclut sur cette pirouette : « Alors nous obéissons à tes conseils ! ».

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Thierry la Fronde fait la démonstration de ses qualités d’organisateur. On remarquera que trois des compagnons regardent son visage et non pas sa main qui détaille pourtant le déroulement du plan…
Photogramme extrait de l’épisode 1.06 Le filleul du roi - INA

Je suis un aîné, dans mes jeux d’enfant, je n’étais pas le timide de la bande. Je suis un leader, je suis une locomotive, il n’y a pas de doute. En tant que metteur en scène, par exemple, je suis très directif. . (Jean-Claude Drouot, interprète du rôle de Thierry la Fronde)

Sa bravoure est également un trait constitutif de son statut de meneur mais il prend souvent l’avis de ses lieutenants, prend le temps de justifier ses choix. L’autorité qui le distingue ne provient ni de sa naissance, ni d’un postulat installé par le scénario. Thierry la Fronde est filmé dans l’élaboration de ses intentions, souvent dans l’action, rarement cadré seul à l’écran.

Dans mes jeux d’enfance, j’ai toujours pris le parti des Indiens. C’est déjà un signe ça, non ? Je m’étais donné le nom de « bison noir ». J’avais appelé « Cœur de biche » ma cousine favorite plus jeune que moi de quelques années pour qui j’avais une tendresse particulière. Le maquis de Thierry la Fronde était familier à mes jeux d’enfant. Tintin et Tarzan étaient mes héros de bande dessinée. J’ai toujours adoré grimper dans tous les arbres, chez moi, dans ma Belgique natale. A quinze ans, j’avais remporté des tournois d’escrime, je pratiquais le fleuret. (Jean-Claude Drouot, interprète du rôle de Thierry la Fronde)

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Un geste de ralliement qui marque l’autorité du guide...
extrait de la B.D. parue dans l’hebdomadaire le Journal de Mickey

Jean-Claude Drouot est jeune, ses références et ses goûts sont ceux que partage la jeunesse de son temps. Et il « joue » véritablement Thierry la Fronde.

Ce personnage venait à moi, il prenait en compte mes jeux d’enfant et d’adolescent. Quand je revois les épisodes, je ne suis pas mécontent de ma fougue et de mon agilité, d’avoir eu ce plaisir et cette énergie. J’étais un jeune comédien un peu pincé mais avec une sincérité absolue et constante. Pour moi, c’est essentiel. Il fallait en comédie jouer les situations normalement. On est dans une relation au personnage qui est simple. Psychologiquement, si on est « juste » dans l’univers, ça fonctionne. Ce comédien est le jeune homme que j’étais, je le constate en revoyant des épisodes aujourd‘hui. Ma femme me dit : « Tu étais formidable. ». Formidable ? Je ne composais pas ce personnage. Je ne jouais pas les gros bras, au contraire : ce qui me touche et m’intéresse, c’est le côté fin, délié, avec mon physique de danseur. (Jean-Claude Drouot, interprète du rôle de Thierry la Fronde)

Incontestablement, le personnage de Thierry la Fronde campé par ce jeune acteur rempli d’enthousiasme et de vitalité se démarque des figures héroïques des films et feuilletons d’aventure qui sont souvent des baroudeurs pleins de détachement et d’expérience.