Recette musicale...

lundi 3 avril 2017
par  Froissart
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Pas besoin d’être musicien pour percevoir l’originalité et l’expressivité de la musique composée par Jacques Loussier. Nous pouvons prendre le temps de nous intéresser au travail d’écriture musical et d’arrangement qu’il a effectué sur le générique de Thierry la Fronde. Ecoutez-le deux ou trois fois en fermant les yeux. La musique est lancée sur un roulement de percussion, immédiatement retentit une puissante trompette qui entonne une première fois le thème principal.

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Jacques Loussier est un musicien accompli et reconnu. Ses interprétations jazz du répertoire de Jean-Sébastien Bach ont un grand succès. On le voit à son piano en 1959 filmé pour la télévision avec son Trio Play Bach.
INA

Ce thème se compose de cinq phrases : la mélodie principale est d’abord répétée deux fois. C’est une puissante sonnerie qui retentit comme un appel et reste suspendue. La troisième phrase dialogue avec cet appel puis les deux très courtes phrases finales, répétées deux fois comme les deux premières phrases sonnent comme la fin d’un air que l’écho répercute.
Lors du deuxième écho final, un cor double la trompette et passe le relais à la guitare électrique qui joue de nouveau le thème que venait de déployer la trompette. La guitare est soutenue par un motif répétitif joué par la flûte traversière. Ce duo donne l’impression d’une conversation permanente comme deux complices qu’on ne peut dissocier. Pour couronner le morceau, l’écho final est repris trois fois par différents cuivres et bois. Ce procédé magnifie cette conclusion qui donne l’impression d’un message répercuté à l’infini. Faites l’expérience : c’est ce thème qui est ancré dans notre mémoire, c’est lui que nous sifflons ou fredonnons.

Vous aurez sans doute remarqué que s’enchevêtre à ce thème mélodique une autre ligne plus saccadée, moins chantante, appuyée sur d’autres instruments. Nous avons déjà signalé des percussions, effectivement plusieurs motifs de timbales soutiennent le déroulement du thème. Portez votre attention sur la présence obsédante d’une ponctuation à contretemps jouée par des bois puis relayée par des saxophones couplés avec une discrète guitare utilisée comme une caisse claire. Cet élément de la partition n’a pas vocation à être chanté, cette partie de l’arrangement est un soutien musical qui affirme le rythme et tonifie notre générique.

Cette première exploration appelle déjà une réflexion. Sur une durée de trente secondes, on voit clairement qu’une mélodie « irrésistible » parvient à se détacher. Vous pouvez écouter les différentes versions enregistrées et gravées sur le vinyle, les arrangements sont différents mais c’est chaque fois un écrin au service de cette mélodie.

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Le héraut embouchant sa trompette est une figure incontournable de l’imagerie médiévale comme le montre ce petit soldat Starlux.
Starlux

La tâche, pour les auteurs consiste à multiplier les liens qui nous permettront de l’associer à tout jamais à Thierry la Fronde, à contribuer à son succès. Comment ont-ils réussi ? Cet air parvient à éveiller une évocation du Moyen-âge et pourtant, pour la plupart, les instruments qui sont utilisés n’existaient pas à cette époque. On peut citer l’emploi des trompettes souvent utilisées en sonnerie dans les fictions médiévales, notamment à l’arrivée d’illustres visiteurs ou pour l’ouverture d’une joute ou d’un tournoi.
Chantez-vous cette sonnerie, elle correspond aux premières notes de la mélodie de notre générique (un intervalle de quinte pour les musiciens).
Il y aussi cet emploi de la guitare électrique en son clair couplée à la flûte, on n’est pas si loin de la sonorité de la harpe et de la flûte ancestrale. Une certaine douceur qui cohabite avec la formidable énergie de cette marche dont on a souvent dit qu’elle parvient à évoquer le galop du cheval.

Une deuxième constatation s’impose. Le générique dans sa brièveté et son efficacité n’est-il pas une métaphore de ce qu’est une série télévisée ? Explication : un générique est court et prend sa place immuablement au début et ferme le programme. La série ne fonctionne-t-elle pas de la même façon : elle est une forme courte qui s’ouvre et se boucle à chaque fois et installe le désir renouvelé de la retrouver au prochain rendez-vous comme une ritournelle. Même dans sa composition musicale, le générique utilise des procédés communs à l’écriture du scénario : ce sont de petites scènes vivement enchaînées qui sont construites en ne rechignant pas sur la répétition.

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Le 45 tours vinyle de la Marche des compagnons tourne sur les tourne-disques dans les foyers, c’est le cas aussi dans les cafés comme l’indique ce tirage pour jukebox.
Philips

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