La méthode "à l’américaine".

jeudi 5 avril 2018
par  Froissart
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Les méthodes de travail « à l’américaine » de Michel Canello l’incitent à franchir une nouvelle étape qui a le goût d’un défi : la réalisation d’une série « en costumes », tournée pour partie en décors naturels, sur un format de 25 minutes.

En effet, Télé France films change d’échelle et entend se doter des moyens de poursuivre son ascension. La construction du site du Perray-en-Yvelines est en marche.
En tant que producteur délégué, Claude Matalou a toute légitimité pour nous exposer la ligne de conduite en vigueur chez Télé France Films qui deviendra Telfrance.

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Premier épisode, Hors-la-loi : la préparation du tournage de la scène d’évasion du château.

Dans ces productions, on cherche en permanence à réaliser des économies. Une maison privée comme la nôtre est très contente quand elle peut gagner trois francs cinquante.
Nous avions appris avec l’expérience à ne pas répéter certaines erreurs, à éviter ce qui coûtait trop cher ou ce qui prenait du temps. Sous la férule de Canello qui se tenait informé de ce qui se passait dans la semaine, il y a eu parfois des séances épiques, on s’engueulait parce qu’il fallait changer nos façons de faire. Personnellement, quand j’ai quitté la lumière et que je me suis lancé ensuite dans la production, j’avais noté des erreurs de production dans Thierry la Fronde. J’ai cherché à y remédier au fur et à mesure.
Les figurants étaient payés à la semaine. Lorsque nous étions à cours financièrement, j’ai connu des semaines où Michel Canello me demandait de ralentir le rythme lorsque la figuration s’annonçait importante.
(Claude Matalou, producteur délégué).

Claude Matalou énonce deux grands principes dont on peut imaginer qu’ils se répercutent immanquablement sur le domaine artistique : éviter ce qui coûte trop cher, ne pas perdre de temps.
On comprend, à travers ses propos, que la marge de manœuvre de la production est très mince car elle reste tributaire du budget que la chaîne lui a alloué. Le salaire des membres de l’équipe est en jeu. Après tout, ce sont les difficultés habituelles qui se présentent à un chef d’entreprise. C’est bien un des talents principaux reconnu à Michel Canello. Est-ce que la qualité de la série va en pâtir ?
Cette tension permanente génère-t-elle un climat de travail difficile ? Peut-on dire de cette contrainte qu’elle favorise la créativité ?

On a vu la différence de moyens qui peut marquer le fossé entre une production du petit écran et un film de cinéma. Yves Barsacq a travaillé avec l’immense réalisateur Jacques Tati. La comparaison qu’il nous propose est sans doute extrême mais elle nous rappelle que les programmes destinés à la télévision ne bénéficient pas d’une grande confiance sur le plan de leur longévité.

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De Thierry la Fronde à Playtime (film de Jacques Tati). Deux conceptions diamétralement opposées de « l’industrie » cinématographique. Yves Barsacq joue aux côtés de Jacques Tati dans cette scène des appartements-vitrines.

J’ai joué dans « Playtime », Tati prenait très peu de professionnels, on est très peu de comédiens à avoir tourné avec lui. Avec Tati, on tournait un plan tous les trois jours, c’était délirant. Il prenait son temps... A des moments, on ne savait plus si on tournait ou si on répétait. Après tout le pognon qu’il dépensait, il disait « Clap rapide ! On tourne en 70mm, ça coûte cher ! ». Le tournage a duré un an. Des banques canadiennes ont investi un argent fou là-dedans. Tati ne voulait pas du tout qu’on assiste aux rushes. On en avait des échos par les techniciens. Il y avait un mec qui regardait l’écran, c’était Tati et il y avait six techniciens qui regardaient la gueule de Tati pour savoir s’il faudrait recommencer !
(Yves Barsacq, comédien, tient le rôle du prieur).


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