Quelles références ?

jeudi 18 octobre 2018
par  Froissart
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Quel est l’intérêt de consacrer un temps à se construire une opinion critique ?

Ce temps de préfiguration de ce que peut être l’épisode que je m’apprête à regarder peut servir à mettre en avant des points de comparaison avec d’autres œuvres que nous pouvons appeler des références. Ces références tiennent à un parcours culturel personnel.

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Entre le chevalier Bayard et Thierry la Fronde, faut-il faire un choix ? Comment les comparer et exprimer ses préférences ? René Roussel interprète le chevalier sans peur et sans reproche durant les 13 épisodes diffusés durant l’hiver 1964.
René Roussel dans son rôle de Bayard, 1964.

Rassemblées, mises en réseau, elles constituent notre véritable bagage culturel, un pan de notre personnalité, un terrain d’expériences dans lequel nous pouvons piocher. Lorsque ce trésor reste inerte parce que nous ne le sollicitons pas, ces expériences finissent par se dévaloriser : la mémoire les perd, des confusions s’opèrent. Comme une gymnastique de l’esprit, il est utile de les réveiller. C’est en cela que l’exercice de la critique est salutaire.

Les jeux télévisés mobilisent bien pauvrement nos références : à des stimuli nous répondons par des réponses qui ne sont que la couche superficielle de notre tonicité culturelle personnelle. 1515… mais que s’est-il passé à Marignan ? Quelles conséquences a eu cette bataille ? Pourquoi le personnage de Bayard est resté dans l’histoire événementielle ?

En matière de goûts, la superficialité n’est pas plus condamnable que la connaissance obsessionnelle mais si nous aimons Thierry la Fronde, il y a moyen qu’il nous rende moins conformiste ou assujettis à la consommation passive. Si nous l’aimons vraiment beaucoup, nous accepterons de lui reconnaître ses faiblesses. Et (re)connaître les défauts et qualités de ce que nous apprécions c’est assurément mieux se connaître soi. Encore faut-il être capable de les déceler.

Prendre position dans son canapé et laisser divaguer quelques temps son imagination avant d’appuyer sur le bouton ne va pas de soi. Plusieurs circonstances ne nous facilitent pas la tâche. A commencer par la nature même d’une série télévisée ! L’effet de répétition, de familiarisation inhérente au genre « série » n’a-t-il pas tendance à dissuader le téléspectateur de mobiliser son désir de nouveauté, n’endort-il pas sa vigilance pour le rendre plus indulgent vis-à-vis de facilités dans l’écriture ou la réalisation ? Bien sûr, je ne fais nullement allusion à Thierry la Fronde !

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En désaccord avec le programme, oui !.. mais qui s’en soucie ?
Télé Magazine N°478, décembre 1964

La critique prend tout son sens quand elle nous permet d’échanger notre expérience de téléspectateur avec des interlocuteurs, c’est à ce moment que la capacité à les mettre en forme, à les exprimer se construit.